Ces quelques exercices éprouvent, sur des cas concrets, la théorie du secret parfait et ses limites. On y voit à la fois pourquoi le masque jetable est inviolable lorsqu’il est bien employé, et avec quelle brutalité il s’effondre dès qu’on transgresse ses conditions d’usage.

Les propriétés du XOR

Tout repose sur les identités du OU exclusif, dont on ne dira jamais assez qu’elles font toute la simplicité du procédé :

Le chiffrement OTP en découle directement : et . L’involution du XOR fait que déchiffrer, c’est rechiffrer.

Chiffre de César : parfait pour un seul symbole

Sur l’alphabet , avec et , on fixe un clair et un chiffré . Il existe alors une unique clé . Si est uniforme sur et indépendante de , alors

Le chiffré est donc indépendant du clair : César est parfaitement sûr — mais seulement pour un unique symbole chiffré avec une clé à usage unique.

Vigenère : parfait si la clé est assez longue

En passant à des mots de longueur , avec et une addition coordonnée par coordonnée, la clé reste unique pour fixés, et le même calcul donne : parfaite sûreté, dès lors que la clé est au moins aussi longue que le message et utilisée une fois.

L’échec survient si la clé, de longueur , est répétée. Le même sert alors à plusieurs positions, ce qui impose, pour tous , la contrainte . Certains couples deviennent dès lors impossibles tandis que d’autres restent réalisables, et se met à dépendre du message. Ainsi, pour et , si , aucune clé n’existe : la sûreté parfaite est perdue.

Déchiffrer par involution

L’exercice est immédiat : . Par exemple, pour c = 01011101 et k = 10011011, on obtient . Pour fixé, l’application est bijective.

La faute mortelle : réutiliser la clé

C’est le point le plus instructif. Si et , alors la clé s’annule dans le XOR des chiffrés :

L’attaquant travaille dès lors sans la clé, sur le seul XOR des clairs. La technique du crib consiste à faire une hypothèse de clair sur , à en déduire la clé candidate , puis à la vérifier sur . Dans le TD, l’hypothèse alpha / bravo est cohérente et livre la clé, quand l’hypothèse delta / gamma échoue — toute la sécurité du masque a fondu par sa seule réutilisation.

Variantes et leurs verdicts

Deux variantes montrent, a contrario, ce que la structure du XOR apportait.

Un OTP « mod 4 » sur l’alphabet , défini coordonnée par coordonnée par , conserve l’unicité de la clé () et donc, avec uniforme, la sûreté parfaite : . La logique du binaire s’y transpose sans accroc.

Une variante « AND », en revanche, ruine tout : elle n’est pas injective, car force quel que soit . On a alors face à : la loi de dépend de , et la sûreté parfaite disparaît.

Enfin, exclure la clé nulle — tirer uniformément sur , avec — semble anodin mais casse aussi la perfection. Car si , la clé requise serait précisément , désormais interdite ; d’où

La distribution dépend à nouveau de — pour un gain de sécurité nul, une perte bien réelle.

Le coût du masque : consommation de clé

Reste la raison profonde de l’impraticabilité du OTP : il consomme un bit de clé par bit de message. En rapportant la capacité de quelques supports à divers débits, on mesure l’absurdité du procédé à l’échelle réelle.

Support40 b/s64 kb/s140 Mb/s
CD-R (≈ bits)≈ 4,4 ans≈ 1 j≈ 40 s
DVD (≈ bits)≈ 30 ans≈ 7 j≈ 4 min 30
Blu-ray (≈ bits)≈ 317 ans≈ 72 j≈ 48 min

Un Blu-ray entier de clé ne couvre qu’une poignée de minutes de flux vidéo : voilà pourquoi, malgré sa perfection théorique, le masque jetable cède la place aux chiffrements à sécurité calculatoire.