Une écriture nourricière

Ces dernières années, je pense être passé par toutes les phases concernant mon appréciation de l’écriture publique. L’écriture comme matériel social, distillée çà et là par le biais d’un média ou d’un autre, servant un intérêt commun quel que soit le champ épistémologique. Cette écriture qui dit de sa propre connaissance, de son allant, et de son affinité à l’autre, comme pour signifier un peu de notre présence sur ces parcelles-là de l’humanité, dont on espère que nos petits tas de mots sauront servir les intérêts d’un autre tout en cultivant le sujet que l’on aime. Ainsi, après la volonté féroce d’un partage enivré par la jeunesse, les oscillations adolescentes moroses, les intellections fébriles et enjouées aux côtés d’un khâgneux ou d’un autre, mon cheminement s’est soldé par une terrible résignation.

À quoi bon servirait-il encore d’écrire dès lors que la diction et le fond eux-mêmes nous sont massivement dépossédés par l’avènement des Large Language Models ?

Cette question approximative couve en réalité la désillusion inhérente à l’usage et la diffusion extatique des contenus générés par le biais de LLMs comme totalisme épistémique, quasi-exhaustivité de ce qui est désormais charrié sur l’Internet par X ou Y. Et puis, sans parler de cette pollution métalinguistique, il est vrai qu’on perdrait parfois le goût des mots et de l’échange au gré de nos relations d’aujourd’hui. De fait, l’effort, l’errance et le questionnement sont bien souvent, sinon ostracisés, au moins repoussés. Il nous apparaît peu désireux de trop réfléchir, trop longtemps, et trop souvent.

En l’occurrence, je tiens pour expérience mon parcours d’enseignant à des niveaux divers, tant auprès de lycéens que d’étudiants dans l’enseignement supérieur. Qu’il soit question de l’enjeu à proprement parler d’un cours, ou bien de la relation qu’on entretient à ce dernier (de façon endémique), tout ça est “relou”. Je me suis bien plus souvent senti rasoir que porteur de savoir — pourtant, je crois ne pas être si mauvais enseignant que ça, et je sais rester cool avec des gens de presque mon âge :). En somme, tout ça n’avait plus rien d’enthousiasmant pour moi d’écrire pour autrui ; malgré tout, me voilà ici à pianoter sous la lumière de ma lampe de chevet comme revigoré après cette période de grand froid entre l’altérité et moi.

Ainsi, je tâcherai de rendre compte des connaissances que je peux agréger lors de mes expériences professionnelles, académiques et personnelles, m’associant à ceux qui ont un jour contribué à mon propre épanouissement en publiant eux-mêmes les résultats de leur travail, de leurs recherches, et de leurs expériences !