Tandis que l’intelligence artificielle et ses applications semblent prendre de plus en plus de place dans notre quotidien — de façon tout à fait concrète, ou performative seulement — les inquiétudes propres aux conséquences de ces usages nouveaux et à venir ne cessent de se ramifier. En effet, si l’ensemble des maillons des différentes chaînes de valeurs de nos organisations (sociales, économiques, axiologiques, …) se voient affectés par le bouleversement que nous connaissons, c’est précisément parce que les façons d’être au regard du savoir, et de l’action sont sujettes à de profondes remises en question. Et pour cause, à mesure que nous prenons conscience des potentialités inhérentes aux usages de l’intelligence artificielle au sein de notre quotidien, poignent les interrogations quant à l’avenir de l’action humaine seule, contrainte par ses limites biologiques, et a fortiori dans un monde ne jurant que par le rendement économique. En clair, la vélocité de l’IA étant bien supérieure à la nôtre, se pose la question de l’adéquation de cette supplémentation technologique ainsi que de son orchestration. Naturellement, cette tension d’usage se décline en problématiques différentes selon le contexte dans lequel on l’aborde ; qu’il soit question de l’usage personnel, professionnel, académique, etc. Malgré-tout, le contexte endémique de notre situation s’explique par la composante unitaire de cette dernière : l’individu, sa relation au savoir, son savoir effectif, et la façon dont le tout induit son empreinte sur le monde.
Un mot sur l’ipséité
Le problème c’est que l’image du soi, le mimétisme de l’individualité, se décorrèle nécessairement de qui je suis ; me dépossédant de ma capacité à nourrir la propre connaissance que j’ai de moi, ainsi que ma capacité à attiser le foyer de mon évolution cognitive. Et ce, car c’est là reléguer à une externalité ce travail comme errance constructive de la volition, qui pourtant voué à mettre à jour la personne que je suis. Ainsi, il est clair que personnaliser l’information, par la forme ou le fond, nuit à se souvenir des caractéristiques déterminant l’unicité de sa personnalité — et donc, à fortiori, à actualiser ces dernières.